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vendredi 14 octobre

Faire fitter le monde dans un livre...

"Hamlet- O Dieu ! je pourrais être enfermé dans une coquille de noix, et me regarder comme le roi d'un espace infini, si je n'avais pas de mauvais rêves."

Shakespeare, Hamlet, Acte II, scène ii.

Depuis que je blogue, j'essaie de lire mes coblogueurs. C'est un travail souvent exaspérant. Par déformation professionnelle, je me suis tapé quelques blogs politiques. Retombant dans mes vieux vices, j'ai même lu quelques blogs de politiques québécoises, souverainistes d'abord (que j'ai vite flushé...fatigué que je suis de tirer dans ce qui est pour l'instant mes rangs), puis, suivant le réseau des références internes (en fait, j'avais commencé par lire des blogs conservateurs comme celui-ci et celui-là), j'ai lu quelques blogs fédéralistes... Encore plus las, j'ai cru relire, avec une certaine déception et exaspération, dans les mots d'une nouvelle génération ce que je lisais il y a dix ans dans Cité libre, version Albert et Monique Memni...

J'ai donc laissé tomber le débat fédéraliste/souverainiste, mais je n'ai pas abandonné la lecture car quelque chose d'autre m'agaçait... Je n'arrivais pas à énoncer ce qui m'énervait jusqu'à ce que je tombe d'abord sur le blog d'un certain Marco D., surtout sur son texte autour de Victor Hugo (qui aurait dû porter le titre de "Moâ et Victor Hugo"), ensuite, j'ai par hasard entendu les commentaires de Guy Bertrand (aussi connu comme l'ayatollah de la langue de Radio-Canada) sur les dictionnaires... Mes amis, un dictionnaire (quel qu'il soit... enfin, peut-être un peu plus dans les dictionnaires encyclopédiques) ne contient que 10% des mots utilisés par les locuteurs francophones...

-"Putain !" me suis-je dit (ouais, dans ma tête je suis parfois Parisien), "le monde n'est pas dans un livre !"


C'est à ce moment, frères et soeurs, que j'ai eu un moment d'épiphanie. J'ai compris d'un coup ce qui m'agaçait dans le discours de cette jeune génération de fédéralistes qui bloguent allègrement (en plus des textes de Marco D., vous avez d'autres exemples ici, et ici) C'est gens là veulent faire entrer le monde dans un livre... Ce monde dans un livre est clair, rassurant, le nombre de ses règles est fini et elles sont cohérentes. En fait, on ne peut pas sortir du livre, on ne peut pas remettre en question ses fondements, c'est illogique et nuisible. En fait, plus je lis, plus je pense que les conclusions des ces jeunes auteurs sont semblables à celle du politologue de l'université Laval, Jean-Pierre Derriennic, dans son livre de 1995, Nationalisme et démocratie (publié chez Boréal). Après avoir démontré que la souveraineté du Québec constituerait un cas neuf dans l'histoire du monde (ne relevant d'aucune des raisons qui, historiquement, sont à l'origine des divers cas de sécessions), Derriennic affirme qu'il est dangeureux de remettre en question le monde tel qu'il est donné, évoquant le spectre de la guerre civile.

En fait, pire, le monde de ces gens est un livre... La réussite dans ce monde relève d'une grande partie de génie en herbe ou l'on doit citer les classiques (Aristote, Épicure, Platon, Hugo, Gides... sans se poser de questions sur le contexte de production de ses oeuvres...) détenteurs de vérité et mépriser la culture populaire (Véro, 110%, en fait la télévision en général), porteuse d'erreur (puisqu'hors du livre), de bruit et d'aliénation de la masse (là c'est moi qui formule une chose qui n'est peut-être pas aussi claire.)

De plus, posséder la connaissance du livre permet d'agir en seigneur, de savoir, de se distancier de la culture populaire et de la plèbe. Entre ça et dire que la mobilité sociale ne dépend que de la volonté de l'acteur, il n'y a qu'un pas (que beaucoup franchissent allègrement).

En terminant je vous le dis, le monde social ne fitte pas dans un livre, il y a toujours un bout qui dépasse... Plus encore, l'idée de livre est une mauvaise manière de concevoir le monde... on ne connait pas le monde, on le vit. Permettez moi, une fois n'est pas coutume, de citer l'Ancien testament : "Tu es poussières et à la poussière tu retourneras." (Genèse 3-22). Le monde social est une forêt, ordonnée mais anarchique, toujours en mouvement, où nous recréons sans cesse ses structures et sa forme. Le monde social est poussièreux, granuleux et plein de boue. Nous sommes tous poussières et nous y retournerons.

Digression finale: À citer l'Ancien testament comme ça et en l'interprétant de cette manière, je me rend compte qu'il serait plus simple pour ma vie familiale de commencer à croire à la réincarnation... Je m'explique: si j'avais eu des vies antérieures, il est clair que j'aurais été Franciscain voguant de villages en villages pour faire le bien et parlant aux oiseaux en chemin. Mon fils, par contre, aurait surement été Jésuite... intelligent, cultivé, intéressé et, surtout, surtout, maître de la casuistique. En fait, Léo se fait un malin plaisir de tout poser en terme de cas de conscience ou d'exception... surtout lorsqu'il s'agit de déroger à la règle (se coucher le soir, se brosser les dents, ne pas manger plus que trois biscuits, etc.) : "Oui mais papa hier tu as dit que...", "Oui, mais papa c'est injuste...parce que...". Bref, c'est une guerre éternelle entre l'esprit de la règle (que j'incarne... en fait je suis la règle, principe dont je n'ose pas trop abuser) et la lettre (qui est la seule chose donnée à Léo, je vous l'accorde, mais dans laquelle il se roule allègrement). J'avoue ne pas toujours avoir la patience de me lancer dans des débats philosophiques avec mon fils.

Commentaire par Raphael @ 10:20

Commentaires

Intéressant. Mais je pense que du décontextualise mes propos en me référant à:

"Après avoir démontré que la souveraineté du Québec constituerait un cas neuf dans l'histoire du monde (ne relevant d'aucune des raisons qui, historiquement, sont à l'origine des divers cas de séscessions), Derriennic affirme qu'il est dangeureux de remettre en question le monde tel qu'il est donné, évoquant le spectre de la guerre civile."

Mon argument n'est pas encré dans une dialectique réactionnaire. Tu devrais suivre mon évolution (mais qui suis-je pour dire cela, peut-etre que tu le fais). Et puis, j'aimerais que tu me démontres comment tu sorts du livre...

Commentaire par: VBG le 14 octobre