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lundi 24 janvier

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Douglas Adams (décédé en mai 2001 (ce qui rajoute à la réputation de 2001 d'avoir été (d'être ?) une annus horribilis, son service funéraire s'est par ailleurs terminé par Paperback Writer des Beatles), n'a pas qu'écrit The Hitchhicker's Guide to the Galaxy. Outre The Meaning of Liff (qui a fait mon bonheur durant les cours d'anthropologie II au CÉGEP, cours dont je n'ai toujours pas compris le but précis) et de Dirk Gently's Holistic Detective Agency (et la suite The Long Dark Tea-Time of the Soul)... que je m'étais promis de lire depuis longtemps...
Hormis d'être une version daliesque d'un Agatha Christie (en fait plutôt un San Antonio...) ce génial roman contient une très convaincante défense de ce que je nomme le bonhomme intérieur... La part naturelle (ce mot me donne mal au coeur) de ma conscience que ma raison constructiviste nie de toutes ses forces, mais elle doit bien avouer qu'il a parfois raison...

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« Nous savons toutefois que l’esprit est capable de comprendre [des] problèmes dans toute leur complexité et dans toute leur simplicité. Une balle qui vole dans l’air obéit à la force et à la direction qu’on lui a imprimée en la lançant, à l’action de la gravité, à la friction de l’air qu’elle dépense son énergie à surmonter, à la turbulence de l’air autour de sa surface et au rythme et à la direction avec lesquels elle tourne.
Et pourtant quelqu’un qui éprouverait peut-être des difficultés à calculer ce que donne trois que multiplie quatre que multiplie cinq n’a aucun mal à effectuer les différents calculs et toute une série d’opération annexes avec une rapidité si stupéfiante qu’il en arrive bel et bien à attraper une balle au vol.
Les gens qui appellent cela « instinct » se contentent de donner un nom au phénomène sans rien expliquer.
Je crois que c’est dans la musique que les êtres humains sont le plus près d’exprimer notre compréhension de ces complexités naturelles. C’est le plus abstrait des arts : il n’a pas de signification ni de but autre qu’être lui-même.
Chaque aspect d’un morceau de musique peut être représenté par des nombres. De l’organisation des mouvements dans une symphonie jusqu’aux variations d’accents et de rythmes qui composent les mélodies et les harmonies, jusqu’à la dynamique qui donne sa forme à l’exécution, et jusqu’aux timbres des notes elles-mêmes, de leurs harmoniques, de la façon dont elles changent avec le temps, bref, tous les éléments d’un bruit qui distingue entre le son de quelqu’un jouant de l’harmonica et celui de quelqu’un frappant sur un tambour, tout cela peut s’exprimer par des arrangements et des hiérarchies de nombres.
Et, d’après mon expérience, plus il y a de relations internes entre les arrangements de nombres aux différents niveaux de la hiérarchie, si complexes et subtiles que puissent être ces relations, plus la musique paraîtra satisfaisante et, pour tout dire, plus entière.
En fait, plus ces rapports sont subtils et complexes, plus ils vont au-delà de la compréhension de l’esprit conscient. Et plus la partie instinctive de l’esprit- par quoi j’entend cette partie d l’esprit capable d’effectuer des calculs différentiels avec une si stupéfiante rapidité qu’elle placera votre main au bon endroit pour attraper une balle au vol- plus cette partie de votre cerveau prend plaisir.
Une musique peu complexe (et même « Trois Petits Cochons » est complexe à sa façon le temps qu’on joue en fait le morceau sur un instrument avec son timbre et son articulation) passe au-delà de l’esprit conscient pour tomber dans les bras du génie mathématique personnel tapi dans l’inconscient et qui réagit à toutes les complexités internes, à tous les rapports et à toutes les proportions dont nous croyons ne rien savoir.
Il y a des gens qui n’admettent pas cette conception de la musique, en diasnt que si on réduit la musique aux mathématiques, où se place dont l’émotion ? Je dirais qu’elle n’en est jamais absente.
Tout ce qui peut éveiller nos émotions- la forme d’un fleur ou d’une urne grecque, la façon dont un bébé grandit, dont le vent vous caresse le visage, dont les nuages courent dans le ciel, leurs formes, la façon dont la lumière dans sur l’eau ou dont les narcisses frémissent dans la brise, la façon dont la personne aimée remue la tête, dont les cheveux suivent ce mouvement, la courbe décrite par la chute du dernier accord d’un morceau de musique- tout cela peut être décrit en utilisant le flux complexe des chiffres.
Ce n’est pas réduie les choses, c’est en souligner la beauté.
Demandez à Newton.
Demandez à einstein.
Demandez au poète (Keats) qui a dit que ce que l’imagination perçoit comme beauté doit être la vérité.
Il aurait pu dire aussi que ce que la main saisit comme une bale doit être la vérité, mais il ne l’a pas fait, parce qu’il était poète et qu’il préférait flâner sous les arbres avec une bouteille de laudanum et un calepin, mais ç’aurait été aussi vrai…

(…)

…Parce que cela se passe au cœur de la relation entre d’un côté notre compréhension « instinctive » des formes, des mouvements et des lumières et de l’autre côté les réactions émotionnelles que cela éveille en nous.
Et c’est pourquoi je suis convaincu qu’il doit y avoir une forme inhérente à la nature, aux objets naturels, aux arrangements des processus naturels. Une musique qui serait profondément satisfaisante, une beauté qui ne doit rien à l’artifice- et nos émotions les plus profondes, après tout, sont une forme de beauté naturelle. »

Douglas Adams, Dirk Gently’s Holistic Detective Agency, CUP ltd 1987… Traduction française de Jean Rosenthal, Gallimard, coll. « Folio Sf » 2003, pp. 228-232

Commentaire par Raphael @ 23:35