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lundi 31 janvier
Le syndrome de Cyrano
Tentative de psychologie cognitive… ou pourquoi c’est si compliqué avec les gars
J’ai un copain français qui a fait une observation assez juste sur le mâle québécois… Pas tous, mais beaucoup d’homo quebecensis, alors qu’ils ont une belle vie, des études réussies, une copine chouette, etc., fuient à Vancouver planter des arbres, à Miramichi creuser un canal ou à Bordeau faire les vendanges…
Je ne prétends pas faire une analyse sociologique, mais une explication psychologique (à l’étude de certains cas, sans nommer de nom) me semble possible et permet d’expliquer aussi d’autres comportements.
Pour des raisons sur lesquelles je préfère rester discret, Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand, quoiqu’un peu quétaine, a toujours été pour moi une pièce culte (avec La guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux simplement parce que la pièce est excellente). Or, comme Freud le fit avec Électre et Oedipe, il me semble possible de parler d’un syndrome de Cyrano.
L’histoire de Cyrano de Bergerac est connue : un grand guerrier courageux, mais doté d’un appendice nasal gargantuesque, en pince pour sa cousine, Magdeleine Robin dites Roxane. Le hic c’est qu’il est incapable de le lui avouer. Or la belle aime un jeune homme fringant, Christian de Neuvillette... qui est l’archétype du grand épais incapable d’articuler trois mots. Cyrano, pour que l’amour de sa cousine ne soit pas déçu, prend en charge Christian… lui écrivant des poèmes, etc.
On pourrait facilement penser que Cyrano est simplement un lâche, c’est là une hypothèse intéressante, je l’admets, mais qui me semble un peu courte. Moi il me semble cohérent qu’un homme dont la valeur fondamentale est son panache (obscur concept qui semble rallier l’authenticité, la vérité, la grandeur, le courage, finalement l’ensemble des valeurs machistes, il faut bien l’avouer) n’ait pas le courage d’avouer son amour à une fille parce qu’il est certain qu'elle va lui rire au…
De plus, Cyrano n’a pas que refuser de se révéler à Roxane, il refuse aussi que l’on monte ses pièces (Molière lui volera un scène pour son Bourgeois gentilhomme) et il refuse de prendre au sérieux les duels (il n’a plus qu’un gant, dira-t-il, ayant oublié l’autre dans le visage d’un sot). Molière et Christian lui servent en quelque sorte de couverture :
Il semble qu’ils y aient des enjeux plus importants que les autres et, dans le cas de Cyrano, lorsqu’ un enjeu particulier vient remettre en question de manière fondamentale les valeurs qui fondent sa personnalité, il préfère se retirer sans combattre… Comme si la défaite était tellement inscrite au cœur de la construction de sa personnalité que la bataille était inutile… Pour Cyrano c’est un très grand nez (je sais c’est un peu court), mais n’importe quel stygmate peut se voir attribuer le sens de la défaite : être gros, être petit, être roux, avoir les dents croches, être trop beau (surtout quand on est blond/e), avoir des pieds laids, être jeune, etc.
Mes amis, le bonheur ça se construit, c’est même une bataille de tous les jours… Certains pensent même que le bonheur n’existe pas, que c’est un complot des grands consortium de l’alimentation (MacDonald et Oréo en tête) pour que nous nous bourrions la face quand les choses sont au plus mal. Bref ça ne peut pas toujours bien aller… alors, pourquoi ne pas fuir à la place ? C’est là un principe que certains hommes semblent souvent appliquer.
J’en entends déjà crier « Plaine d’Abraham » ou «Patriotes ! »… mais je suis assez sceptique quant à un impact aussi profond sur une hypothétique psyché collective (pour ça aussi je suis sceptique). D’autant plus que l’histoire de la Révolution tranquille (qui a fonctionné quoiqu’en dise Mario Dumont et le maire de Hunthington) a plus d’impact sur nous que les Plaines d’Abraham (bataille que nous avons fini par gagner). L’argument vaut aussi pour les rébellions de 1837-1838.
Ceci étant dit, si cette fuite est une construction cognitive issue d’un processus de construction de la personnalité, est ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi un gamin de quatre ans est incapable de dire le moindre mot à une amie de la garderie sur laquelle il a visiblement un kick ? (fait vécu).
Commentaire par Raphael @ 12:49