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mercredi 8 décembre
6 décembre
Voici un texte que j'ai mis bien du temps à pondre sur le 6 décembre 1989. Ça ne paraîtra pas, mais j'y songe depuis 2001. La conclusion est amovible...
En l’an 2000, je suis tombé sur une vieille cassette de Led Zeppelin que je m’étais copié au secondaire. Je l’ai écouté avec Léo, mon fils. Par nostalgie et parce que la décennie s’était écoulée sans que je n’en prenne conscience, j’ai ensuite décidé de rédiger un livre sur les années 1990 (ne cherchez pas le lien, il est ténu comme dans un poème de Lautréamont ou un épisode des Simpsons.) Dans une dérive méthodologique totale, j’ai décidé de relire tous les articles de tous les journaux montréalais des dix dernières années (sur microfiches, c’est plus facile). J’avais décidé de commencer mes recherches par le 6 décembre 1989… pour des raisons évidentes pour un Québécois, mais pour me rendre compte qu’il s’agissait d’un moment fondateur pour moi.
Je ne me souviens plus quel jour nous étions. J’étais seul dans le salon chez mes parents. Il y avait beaucoup de neige dehors et elle continuait à tomber. En fait, ce dont je me souviens le mieux c’est l’effet des flocons devant la lentille d’une bêtacam. Ça ressemblait à la finale de « Dead Poet Society », mais avec un mauvais directeur photo.
Je me souviens surtout d’une civière qu’on sort sous la neige.

Je n’ai jamais mis les pieds à Polytechnique. En fait plus ou moins, je suis une fois entré dans le hall pour donner des disquettes à un copain et je suis passé chercher ma sœur en voiture (bien après 1989).
J’ai plein de liens avec cette école : ma sœur y est bien-sur allée, mon père (dont le magnifique « mug » des finissants en terre cuite, vert forêt, trône sur son bureau en guise de porte crayon), plein de copains du secondaire (dont L-P qui n’a d’ailleurs pas terminé sa maîtrise pour des raisons qui me dépassent encore … c’est du sarcasme), j’en connais les traditions (le « mug », la bague, la cérémonie des finissants), etc. Pourtant, rien n’a eu autant d’influence sur moi que ce jour où un cinglé y est entré avec une carabine .223 semi-automatique emballée dans du papier journal.
Je suis au Collège, dans le gymnase. Le gymnase du Collège de Montréal est (était ?) dans un vieil immeuble ayant jadis abrité des studios de Radio-Canada. Dans la partie est, il y a donc une scène et une mezzanine avec de vieux sièges pliants qui datent des années 1940. Au centre de la salle, il y a quatorze gars et une femme… Nous montons « Douze hommes en colère » de Réginald Rose, moi je suis le numéro 6, celui que jouait Quincy dans le film… (quatorze gars parce qu’il y a le bruiteur et le garde, rôle que Françoise, responsable de mettre en scène douze gars boutonneux, coupera plus tard…). Nous sommes assis en cercle sur les tapis bleus, nous avons fermé les lumières, il fait froid… Étienne et J-F ne comprennent pas « qu’en tant qu’homme » je ne me sente pas coupable.

J’ai pris du temps à comprendre ce qui m’emmerdait dans cette association entre Marc Lépine et l’ensemble des hommes. Je vais peut-être paraître nerds, mais ce qui me déplait dans cette association c’est la négation de toute individualité. Le drame de Polytechnique pour plusieurs doit être le fruit des structures de notre société, pas du parcours d’un individu qui pête un jour un câble et dont les délires se cristallisent dans une haine des femmes…
De plus, faire une association entre Lépine et la violence faite aux femmes à simplement produit un groupe affirmant l’inverse : les hommes sont autant victime de violence que les femmes (« ce sont les victimes privilégiés des meurtres », « ils sont beaucoup plus victime de violence conjugale qu’on le croit », etc.) L’égale logique victimiste des deux camps me semble indigne… Culpabiliser un gamin de quinze ans parce qu’il est un homme me semble absurde, nier qu’il y a encore des abus envers les femmes me semble également absurde…
Le jour où on a voulu me faire porter ce blâme, j’ai choisi de manière flou mon camp. Un camp vaguement libéral, faisant de la liberté individuelle non seulement une valeur, mais une fatalité.
Commentaire par Raphael @ 2:09
Commentaires
J'aimerais simplement signaler à Loulou, qui n'est qu'un jalou, que j'ai réussi à centrer mes photos et mon texte tout seul comme un grand en programmant directement en HTMl... AHH, ça t,en bouche un coin hein, espèce d'hitléro-trotskiste !
Commentaire par: ze blogmestre le 8 décembre